BigSur
http://20six.fr/bigsur
Hébergé par 20six.fr
|
|
J epeux te raconter une histoire qui va te faire pleurer
Il y a une manière de faire, une manière de dire qui m'a toujours exaspéré sans forcément que je puisse mettre le doigt dessus, longtemps longtemps. Une manière de faire de ceux que naïvement j'ai longtemps cru "de mon bord" parce que j'ai longtemps lié politique et sentiments, parce qu'adolescent j'ai naïvement cru "qu'être de gauche" suffisait pour partager une communeauté de pensée et d'interêt, une intelligence et une sensibilité commune -je présume que c'était mon sectarisme qui s'exprimait alors tout en se cachant- alors qu'on partageait juste, éventuellement une étiquette qui finalement n'est jamais qu'une étiquette. Il y a une manière donc, qui est trés certainement profondément humaine, pour laquelle je peux parfois avoir compassion ou compréhension mais qui ne m'en déplait pas moins profondément et qui se répand, j'en ai la triste impression, de plus en plus. Pour la résumer, c'est la manière qui consiste à camoufler ses manques derrière de l'idéalisme ou plutôt derrière un discours idéaliste. Celle qui dirait "Je suis pour l'égalité parce que c'est le seul moyen que j'ai de me hisser à la hauteur des autres". "Je suis pour la bonté parce que comme ça on sera bon avec moi" etc. etc. La plupart du temps (si l'on excepte les masochistes les plus féroces ou les crises d'honnêteté provoquée probablement par une culpabilité bien chretienne et une volonté d'être absout), l'argumentaire est brouillé mais on le detecte quand même toujorus parce que son auteur se trahit, parce qu'il finit inlassablement par faire voir ses manques et ses angoisses et qu'au final on sent derrière un ultime lâcheté, une malhonnêteté, une jalousie, une aigreur mal digérée. Encore une fois c'est humain, j'éprouve alors souvent de la tristesse, éventuellement pitié ou compassion mais le plus souvent colère et sentiment de trahison. J'ai mes raisons à moi d'avoir des ideaux mais je ne considérerais pas que ce soient des ideaux si justement ils n'étaient pas poussés par quelque chose qui les transcendent un peu et qui donc sorte de mes insécurités et de mes petites angoisses, jalousies ou rancoeurs. Mes idéaux sont là pour me dépasser sans doute, pas pour me rabaisser. Pas pour me réconforter. Quand je suis livré à mes angoisses, à mes aigreurs, à mes petitesse et mes jalousie ce n'est pas vers mes idéaux que je vais me tourner pour rationnaliser et me réconforter, j'en veux à ceux qui font ça parce qu'ils trichent doublement, en mentant d'abord à eux même puisqu'ils ne s'avouent pas -sous couvert de se l'avouer- que finalement il ne sont pas si reluisants qu'ils se voient (Et évidemment c'est dans ces mensonges là qu'on fait le mieux le terreau du sectarismet), en mentant ensuite à leur interlocuteur qui pour un peu verraient en eux un compagnon de route alors qu'ils ne sont là que pour se faire porter. C'est chez c'est gens là, entre autres, que je vois ce gauchisme qui n'a plus rien à voir avec la gauche . Chez ceux qui sont souvent le plus virulent, le moins apte à réfléchir, à chercher la solution réaliste, humaine, justement pour pouvoir avancer un peu et rendre l'idéalisme possible, et pourquoi le seraient-ils puisqu'ils ont la petite bête de leur angoisse, de leurs insécurités qui les pousse à l'aigreur et aux hurlements.
|
|
|
Citation
"Je crois que l'hyper intellectualisme provoque une certaine agressivité chez les gauchistes, c'est tout". Rien à ajouter. .
|
|
|
Elles n'oublient jamais (autre partie)
Je fréquentais un couple, un vrai beau couple dont je n'aurais su dire, s'ils n'avaient été des amis, qui des deux était le plus attirant Simon ou Marie. On se voyait souvent avec l'entourage variable de la bande que nous fréquentions à l'époque, parfois on se voyait juste à trois, ou avec des amis à moi, ou avec des amis à eux. Je les aimais vraiment beaucoup. J'aimais le couple qu'ils constituaient et j'aimais aussi chacun des deux, individuellement. Un jour, sans doute parce que ses angoisses avaient pris le dessus sur son amour, Simon quitta Marie sans avoir donné le moindre signe indicateur d'une possible érosion de leur amour qui durait depuis une dizaine d'années. La nouvelle dévasta Marie sans doute, je n'eus plus de nouvelles d'elle que par les vagues copains qui étaient restés en contact avec elle ; j'avais beau aimer les deux, mon amitié avec Simon était plus profondément ancrée peut-être parce que c'était le mec du couple et que c'était plus facile, va savoir. Simon folâtra quelques temps, se mit à la colle avec une autre jeune fille qui était loin de m'être aussi sympathique que Marie et qui d'ailleurs était loin d'avoir son charme, puis il fit les même déduction que moi et quitta la jeune fille (qui était tombé profondément amoureuse de lui entre temps) lorsqu'il s'apperçu qu'il était toujours amoureux de Marie et qu'il avait probablement fait une grosse connerie. Il essaya donc de retourner vers elle qui entre temps s'était mis à la colle avec un gros con du type beauf ( de ce que m'en avait dit notre entourage commun, et Simon lui même même si on peut probablement mettre en doute son objectivité et manifestait quelques réticence a casser avec lui pour se remettre avec Simon. J'ai continué à voir Simon quelques temps et puis on s'est perdu de vue bêtement. Je me suis toujours demandé s'il avait réussi à se remettre avec Marie ou si chacun d'eux avait continué sa route séparément, inexplicablement ça m'a toujours manqué de ne pas le savoir. Il y a quelques temps, j'ai moi même, par l'intermédiaire d'une tierce personne, vaguement repris contact avec une femme que j'ai aimé puis quitté. La froideur des mots que nous avons échangé m'a d'abord fait mal, puis mis en colère, une colère noire. En y repensant j'ai d'abord cru que c'était mon ego qui s'exprimait, furieux d'être ignoré par quelqu'un pour qui je pensais avoir compté et qui avait compté pour moi mais je pense aussi qu'il y avait, dans cette froideur, une tentative d'enterrer une part de nous à laquelle je ne voulais pas renoncer et à laquelle pourtant j'ai renoncé il y a longtemps. Plus pragmatique, plus lucide et sans doute plus honnête, était cette froideur.
|
|
|
Dans la nuit, enfumé, avec les mortes du Yorkshire
La nuit s'est étendue à septembre dans la tête de Blondie. Et pourtant j'ai passé du temps à son chevet à lui lire des nouvelles de Derleth et de Lovecraft pour qu'elle puisse avoir peur quand j'éteignais la lumière et que le plancher se mettait à craquer. Une peur métaphysique, tu vois, je m'étais un peu dit que c'était le seul truc pour la tirer de son hébéphrénie mais Blondie est trop indifferente au futur pour pouvoir éprouver des peurs métaphysiques elle n'éprouve que de bêtes angoisses égoïstes et quelques aigreurs d'estomac. Alors ensuite je lui ai fait un pannel des pin-up et des porns stars du net en me disant qu'à la limite on baiserait, ce serait aussi bien, baiser ça graisse les articulations du quotidien, ça sort un instant de la routine même si on baise avec routine d'ailleurs, à moins de bander mou, je veux dire. Mais les pin-ups et les porn stars du net on fait bailler Blondie, même celles qui ont des histoires glamours sur la tristesse de leur existence et qui se suicident en écartant les cuisses sombrant ainsi dans le kitsch absolu de l'érotisme underground et des petites culottes qui sentent la vieille chaussette. Blondie n'a pas paru frissonner d'émoi ni même s'ennuyer moins. J'ai tenté le théâtre des marionnettes de la vie politique et les coups de théâtres quotidiens d'untel qui se vexe et qui se retire pour tenter d'enfin réussir une traversée du désert ou des deux autres qui s'marrent à Dakar en se tirant une bourre du tonnerre parce qu'ils ont tout compris mais comme pour 80% des gens la politique emmerde Blondie. Sans trop y croire je me suis rabattu sur les paillettes et j'ai joué au guignol glitters et puis j'ai fatigué parce que je suis aussi comme ça, il faut le savoir, j'ai l'altruisme momentané, même avec les amis, a plus forte raison quand je ne baise pas ça me rend hargneux . Du coup je me suis mis à lire la tetralogie du Yorkshire de David Peace, et 1974 m'a scotché sur le carreau de la cuisine pendant que Blondie sonnait furieusement pour que je lui apporte un yaourt. J'y ai retrouvé la noirceur de Robin Cook et la nervosité du grand James. J'ai couru pour lire ça a Blondie mais elle dormait déja.
|
|
|
Soeurs Oceanes
En fumant j'avais l'impression toujours plus persistante de ne pas être tout à fait libre et c'était particulièrement vrai les matins où je me réveillais avec le crâne en caillou, la gorge serrée comme le cul d'une pucelle et l'estomac plus ou moins chaviré des excés de la veille et que je tanguais vaguement vers la première cancerette en ayant parfaitement conscience que je n'en tirerai aucun plaisir, voire même que je le regretterai juste aprés. Je me suis souvent trainé vers la clope comme un bagnard vers son boulet. Pas toujours, évidemment, puisque je l'ai aussi embrassée comme un grand plaisir de la vie et qu'il m'est arrivé de savourer cette sensation particulière de la fumée qui coule dans la gorge comme il m'est arrivé de savourer l'esthétique que je trouvais au geste plus souvent qu'à mon tour. En arrêtant de fumer j'avais l'impression paradoxale mais trés évidente que je m'amputais d'une part de liberté non négligeable. "Ne te prive pas complètement, contente toi d'en fumer une ou deux dans la journée en ce cas"; me disaient ceux qui m'aimaient. Mais en fumer une ou deux dans la journée me renvoyait invariablement au sentiment insupportable d'être tenu en laisse sévère par la cibiche d'ailleurs je n'ai jamais aimé l'idée de me restreindre. Je suis partisan de la privation par l'écoeurement. "Quand j'arrête de fumer j'ai l'impression qu'on m'a enlevé quelque chose", ais je dit un jour à mon père. "Quand j'arrête de fumer j'ai l'impression qu'on a enlevé un sens à ma vie" me répondait celui-ci. Et comme moi il essayait sans cesse. C'est une des qualités du fumeur que d'avoir en permanence le cul entre deux chaise et c'est sans doute ce qui rend sa position inconfortable en société.
|
|
|
[page précédente]
|